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Blog / Actualité

Impressions : Tamsin, Gérard, l’air et l’eau

Le deuxième week-end de juin fut riche en rencontres, expériences et discussions !
Vendredi, nous avons reçu Tamsin Calidas, l’autrice de Je suis une île, et son éditrice, Juliette Ponce (éditions Dalva). Tamsin a parlé de son livre et des conditions dans lesquelles elle l’a écrit, elle a parlé de la nature, des animaux, de l’eau, des forces qui nous animent et des événements qui peuvent les diminuer, ou, au contraire, leur permettre de se reconstruire puis de s’épanouir.
Samedi, nous avons rencontré Gérard Kurkdjian, musicien, musicologue et poète, pour un échange autour des musiques sacrées du monde en compagnie de Bruno Belliot (directeur de l’Académie de Sainte-Anne d’Auray), dans le cadre du Festival Itinéraires. Il a été question de réfléchir aux façons dont la musique, dans toutes les cultures du monde, se présente comme l’un des principaux chemins vers la spiritualité.

Ainsi, en moins de 24 heures, nous avons reçu deux personnalités aussi passionnantes que différentes. Et malgré ces différences, j’ai été frappée par certains échos dans leur discours. Des échos d’air et d’eau…

L’une a parlé de l’eau comme force de vie, comme un monde originel dans lequel il est possible de se retrouver lorsque l’on s’est perdu-e. L’eau qui nous enveloppe et nous laisse glisser, comme nous la laissons aussi glisser entre nos doigts, dans une acceptation absolue et réciproque de l’autre, de la vie, de ce qui arrive, du temps qui passe…
Gérard Kurkdjian aussi, a parlé de l’eau. Il l’a comparée à la musique : l’eau et la musique coulent, ou s’écoulent, sans que l’on puisse arrêter, tenir, ou même freiner ce mouvement. Comme Tamsin, il a soulevé la question du temps : la musique et l’eau en sont des témoins, puisqu’ils ne peuvent ni s’arrêter, ni reculer, jamais. L’eau coule en aval, dans un présent qui se précipite vers un futur toujours en devenir ; la musique se déroule sans retour, sans arrêts, jusqu’à parvenir à son terme. On peut, bien sûr, évoquer les tentatives de jouer avec le temps que sont la répétition ou les formes classiques avec le retour du thème, on peut aussi évoquer l’utilisation des technologies modernes dans certaines musiques (pédales de loop, par exemple). On peut convoquer les tentatives de musique « étale », comme suspendue dans le temps (chez Arvo Pärt, notamment, ou, d’une autre manière, dans les musiques soufies), l’utilisation de la duplication et la vision d’un temps cyclique (chez Debussy, par exemple), l’utilisation du leitmotiv et les formes très longues (Wagner), les formes courtes (Debussy encore, Webern)…
Mais si aucune machine n’intervient pas dans le déroulement musical, et si on considère qu’une réitération du thème ne sera jamais tout à fait identique à la précédente (même si la partition indique exactement la même chose, l’interprétation sera forcément légèrement différente), alors on peut affirmer que la musique n’échappe pas au flux du temps.
L’espace d’un instant (un temps suspendu?), nous avons donc observé l’eau et la musique comme deux phénomènes insaisissables – même si on peut toucher la première et pas la seconde.

Il a été question, aussi, de respirer ! Gérard Kurdkjian a parlé de la respiration calme, profonde (base de la méditation – entre autres), comme un retour aux origines. Il a rappelé qu’en naissant, on prend notre premier souffle (il brûle, c’est pour cela que l’on crie), et lorsque l’on meurt, on le rend. Comme un emprunt à l’univers, le souffle est à la fois symbole et condition de la vie. Pour lui, lorsque, présent à soi-même, on respire en conscience, cela peut mener à une forme d’expérience originelle du monde (ou du moins, de notre monde).
Evidemment, ces réflexions n’ont pas manqué de m’interroger, le souffle étant au chanteur lyrique ce que la palette est au peintre. C’est ce qui soutient les couleurs (peinture ou timbre de la voix), c’est ce qui permet à l’œuvre d’exister (par des traits et des touches, ou par des phrases mélodiques et des rythmes).
Quand on chante, est-il utile (ou intéressant, ou salvateur) de percevoir le souffle comme cela, comme un emprunt que l’on se contente de faire circuler ?

Mesdames, Messieurs, chanteurs-euses ou non, je vous laisse y réfléchir.
Et à bientôt pour de nouvelles impressions !

Solenne, le 16 juin 2022.